AGENT RECENSEUR UN METIER

Dur, dur d'être un agent recenseur. Si la plupart des citoyens se plient bien volontiers à cette enquête obligatoire de l'Insee, certains restent réfractaires et en font voir à ces pauvres agents recenseurs. Ainsi ne vous avisez pas de passer dès 9 h du matin dans l'espoir de bien commencer votre journée. On aime prendre son café au lait en pyjama quand on n'est pas tenu de partir tôt au travail. A 11 h, le retraité prépare son repas, à 12 h, il mange, à 13 h il fait la vaisselle, à 13 h 30 sa sieste et à 18 h volets et barrières sont fermés et il ne répond plus à vos coups de sonnette même répétés. Vous le dérangez de toute façon et vous dévriez avoir deviné que derrière cette porte se cache des retraités.
Dans chaque rue à enquêter vos rencontrez au moins une difficulté. Six fois en quelques jours vous avez sonné à cette barrière, sans savoir si la sonnette fonctionne d'ailleurs. A la  7ème fois, miracle la barrière n'est pas fermée à clé. Ouf, je pousse et avance avec précaution à cause d'un éventuel chien de garde. Quand vous arrivez à la porte, celle-ci s'ouvre avec brutalité "Faut surtout pas vous gêner" "Excusez moi de forcer ainsi votre porte, je suis l'agent recenseur et je dois absolument vous remettre les imprimés à remplir" "Ah vous êtes l'agent recenseur, mais je vous ai bien vu revenir plusieurs fois mais je ne pouvais pas deviner"
Au prochain recensement, Monsieur le Maire, pensez à équiper vos agents recenseurs d'une pancarte comme dans les aéroports !!!
Vous ne pouvez pas savoir combien ce genre de reflexions agace quand on a perdu un temps fou pour des gens qui en définitive sont chez eux et se cloître derrière leur fenêtre ne vous offrant ainsi que du mépris pour la tâcthe qui vous est confiée. Il y a aussi la demeure ou vous devrez retourner, 3, 4 voire 5 fois car à chacun de vos passages les habitants n'ont pas pris le temps de remplir les questionnaires. Puis il y a aussi ceux qui considèrent qu'il leur faut au moins un week end pour le faire car ils ont un métier difficile et prenant et ne sont pas à votre disposition. Parfois ceux-ci emmènent même leurs feuilles au travail et vous demandent de les récupérer sur place même si vous sortez de votre secteur. Avez vous idée du nombre de gens qui vous reçoit par la fenêtre entrouverte et qui vous demande de laisser les imprimés dans la boite. Vous êtes là, les mains glacées, à essayer de saisir le bon nombre de feuilles et à noter sur votre carnet de tournée la date et la quantité, le jour prévu pour la reprise tandis que l'on vous observe derrière la fenêtre refermée. Il arrive même que la dame oublie de ramasser les feuilles avant de partir au travail, que le mari les trouve à son retour et vienne faire un scandale à la mairie en incriminant l'agent indélicat qui a osé laisser les imprimés dans la boite aux lettres, ce qui est interdit.
Mais il y a pire. Il y a des jours ou malgré la grêle, la pluie, la vent, il vous faut travailler tout le samedi pour atteindre les injoignables. Alors vous vous présentez les cheveux défaits, en fin de journée, le visage fatigué, les mains rougies par le froid, les pieds trempés et gelés à la barrière de cette jolie maison ou enfin vous repérez un semblant de vie. Oui oui on décharge le coffre de la voiture 30 ou 40 m plus loin. On vous regarde, vous criez "Je suis l'agent recenseur, j'ai eu beaucoup de mal à vous rencontrer."  Le propirétaire s'est avancé "Bah on travaille" "Oui bien sûr, si je vous laisse les imprimés, quand puis-je les reprendre ?" Ce sera pas facile parce qu'on travaille; "On peut, peut-être les remplir de suite" "Oui c'est la meilleure solution"
Ouf, je vais pouvoir me réchauffer un peu mais oh surprise. "J'ai pas la clé de la barrière sur moi, y'en a pour longtemps ?
" 5 minutes" "Bon on y va"
Et là comme si l'on était au parloir d'une prison, l'homme répond à mes questions derrière sa barrière, il me conseille même d'attendre que le vent se calme quand je n'arrive plus à tenir mes feuilles tant les bourrasques sont fortes. Et je remplis machinalement avec seulement la satisfaction de mener à bien ma mission mais en méprisant l'attitude indigne de cet homme en face de moi. D'ailleurs son effort à me faire admettre que son diplôme obtenu, il y a déjà un bon nombre d'années équivaut aujourd'hui à un diplôme d'ingénieur, me prouve que l'individu est bien peu intéressant. Je ne dirai ni merci, ni au revoir car les chiens ne parlent pas.
Certains aussi ont une fâcheuse tendance à nous prendre pour des imbéciles. Qu'ils sachent pourtant que nous ne sommes pas dupes et que leurs supercheries ne nous échappent pas. Ils sont recensés malgré eux à leur adresse et leur refus est signalé à l'insee.
Pour ne pas rester sur une note pessimiste, je parlerai brièvement des autres personnes. Celles qui s'excusent de vous avoir fait revenir, celles qui vous offrent une chaise et leur table pour vous simplifier la tâche, celles qui vous proposent un café pour vous réchauffer ou un verre d'eau pour vous désaltérer, celles qui ont envie d'échanger quelques mots, d'évoquer quelques souvenirs de leur lointain passé, ces êtres humains qui savent encore correspondre librement sans se cacher derrière un interphone, une barrière, une fenêtre. J'ai aimé le contact un peu rude avec ce monsieur qui a eu le courage de me dire en face que je l'emmerdais avec mes questions mais qui finalement s'est gentiment plié à la règle. Même si son attitude était plutot bourrue, il a le mérite de ne pas m'avoir fait tourner en bourrique en me faisant revenir maintes et maintes fois.
En lisant ces quelques lignes, certains d'entre vous auront peut-être pu s'identifier à l'un des personnages de mon récit. Pensez-y la prochaine fois, car nous, les agents recenseurs, sommes pour la plupart des personnes en recherche d'emploi, heureuses de pouvoir gagner un peu d'argent pour malheureusement une très courte période. Nous avons une mission difficile à remplir et le salaire perçu est bien loin d'être calculé au temps passé. Sachez que ce que nous toucherons, pour avoir recensé votre famille, restera la même somme que nous soyons passés une fois, trois fois ou sept fois à votre domicile....

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